À ma fille Maëlie
Pour qu’elle sache traverser ses nuits
On est parti avec des buts imprécis, vers une destination aléatoire et changeante que le voyage lui-même se
chargera d’arrêter. Ainsi l’on va, encore chanceux de savoir d’où l’on vient
Tinamer de Portanqueu
L’Amélanchier de Jacques Ferron
J’ai des images, mais toujours pas de mots pour légender
Orphelin numéro 1
Parents et amis sont invités à y assister
de Hervé Bouchard
Le grand Monsieur Montaigne, fin penseur entre autres choses de la mémoire et par
la mémoire, disait qu’il en était dépourvu. Moi, comme lui, je dis que je n’ai aucun sens de
l’orientation. Ainsi, je me place aussi proverbialement que Montaigne dans la lignée de ceux-là qui
sachant n’ayant rien se risquent à se croire plus près d’avoir que les étant sûr d’avoir
n’ayant peut-être rien de plus que les sachant n’ayant rien. C’est que, dans la vie comme
dans l’ivraie, il y eut et il y aura peut-être toujours de ces pâtes qui se savent infiniment
remodelables et celles qui se pensent d’ores et déjà modèles, les casse-têtes, autrement dit,
en manque de pièces et les pièces en manque de casse-têtes, les indissolubles devenants et
les étants coagulés. Montaigne, étant, comme il disait, dépourvu de mémoire, s’appliquait
à devenir mémoire; il fît de l’essai comme on ferait de la courtepointe, liant entre elles les
mailles du temps, faisant du tricot de ses lectures, de ses captures de conscience, de ses
souvenirs, suturant par l’écriture l’espace-temps le séparant de son défunt ami La Boétie,
de manière à tisser ensemble leurs âmes à tout deux, passé et présent «d’un mélange si
universel, qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes»1. Les Essais
de Montaigne me semblent à la fois un refus d’adhérer à la conception eidétique de La
mémoire et la recherche d’une forme autre de la Mémoire. C’est que La mémoire absolue, comme d’ailleurs Le sens inné de l’orientation, ne sont que des légendes ayant comme
fonction de conforter l’étant dans son statu quo cérébral. C’est Pierre Jaccard qui
m’expliquait tout ça par le truchement de son grand ouvrage Le sens de la direction et de
l’orientation où il est question du flair inné des sauvages qui leur tiendrait lieu de sens de
l’orientation tout aussi inné, pure mythe rousseauiste du bon sauvage que Jaccard
démystifie merveilleusement pour lui permettre de dégager les implications réelles,
davantage mémorielles et stratégiques, que supposent toute orientation lointaine: «Les
aptitudes des guides [...] ne sont pas même la conséquence d’un affinement, acquis ou
inné, des sens externes ou internes : elles s’expliquent tout simplement par un
développement naturel des facultés de mémoire et d’observation communes à tous les
humains». Œuvre source pour les petits Poucets de ce monde d'ors et déjà labyrinthique, mais qui n’a eu jusqu’ici que très peu d’affluents. Il ne fallait peut-être qu’un
grand spécialiste de l’actinotropisme comme le Docteur Ferron pour arriver à en tirer de
quoi nourrir son bel Amélanchier qui, une fois lu, je te le jure, fleurira dans ton cœur
d’enfant à chaque printemps. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si cet essai sur la mémoire et
l’orientation s’écrit ici en plein mois de décembre; « Car l’hiver est un déluge. Chaque
maison devient une arche, où le souvenir du printemps survit ; c’est pourquoi le printemps
revient ». Cette Martine des Contes anglais de Docteur Ferron ne pourrait mieux dire.
Comment ne pas voir d’ailleurs dans ce déluge de l’hiver cet autre déluge du quotidien qu’est
la nuit, contre laquelle les souvenirs du jour, par ce même exercice mémoriel (rappelant
d’ailleurs fortement l’opération cénesthésique du rêve) deviendraient sa condition sine qua non de retour. Car la nuit, comme l’hiver, sont assurément des déluges nécessitant chaque
fois un acte de foi en le retour et du jour et du printemps. Pour toi donc, qui n’as pu encore
assimiler cette archimagie du souvenir qui permet chez l’adulte de cristalliser cette foi en
le retour perpétuel des soleils du matin et des printemps des années, il devait sans doute
aller de soi que tu te retrouverais frappée d’angoisse aux portes de cette nuit comme de cet
hiver. Sentiment parfaitement normal! Même qu’il me semble traduire une
sensibilité qui te fera certes la vie difficile, mais ô combien plus profonde. Car,
il me semble qu’avoir ainsi peur de la nuit, c’est déjà signe que tu as su la voir, et que
sachant ainsi la voir, tu risques moins de sombrer dans la nuit comme nombre de
ces gens qui, de toute la langueur acharnée de leur vie, n’auront fait que se complaire dans
le miroir du jour sans jamais se rendre compte que la nuit noire les avait complètement
submergés. Car, la nuit est au jour ce que la mort est à la vie, c’est l’envers du miroir qui a
tout autant à nous dire de la vie que le miroir lui-même, si ce n’est davantage... La nuit, c’est l’imagination quand la réalité dort ou qu’elle ne devient plus assez
souple pour te suivre. Tant et aussi longtemps qu'on ne prend pas pleine conscience de la
nuit, il est certes plus facile de s’orienter dans la vie, la réalité se trouve comme balisée de l’extérieur,
les repères en quelques sortes prédéterminées, mais, crois-moi, cette réalité est
une très trop longue nuit, hautement plus effrayante que la nuit fulgurante que tu as devant toi!
Je pense à un extrait d’une entrevue que j’ai vu passer, il y a quelques années, à la
télévision. C’était avec le réalisateur Ingmar Bergman, originaire d’une Suède peut-être
empreinte d’une nordicité plus opaque encore que la nôtre. Il s’y prenait au jeu, peu avant
sa mort, de dresser une liste des différents démons intérieurs qui l’avaient accompagné tout
au long de sa vie. Il y avait dans cette liste le Démon du Désastre, le Démon de la Peur, le
Démon de la Rage, le Démon de l’ordre, tant de démons que je n’ai pas eu de mal à
reconnaître autour de moi et qui, il me semble, me suivaient alors et me suivent toujours
par hérédité. Mais il est un démon que Bergman se disait grandement reconnaissant de
n’avoir jamais connu, c’était le Démon du vide: « j’essaie de m’imaginer ce que serait ma
vie si je me réveillais un matin et que ma créativité et mon imagination m’abandonnaient,
s’ils devenaient totalement silencieuses à moi, totalement vides, et s’il n’y avait ainsi, tout
à coup, plus rien devant moi ». À n’en pas douter, ce Démon du vide est celui-là même
qui te hante et qui m’a déjà hanté quand j’avais ton âge! C’est d’ailleurs certainement de cette peur du vide que l’hiver tire son emprise sur notre psyché nationale québécitaire.
C’était peut-être pour éviter d’avoir affaire à ce Démon du vide que l’enfant que j’étais
s’accrochait - d’ailleurs comme toi - aux bottes de ses parents, ne voulant sombrer seul
dans la nuit, le lit des parents devenant son arche à lui pour survivre au déluge, s’accrochant
à leurs corps chauds, à leurs odeurs familières, à leurs souffles comme à une mer berçante pour ne pas sombrer dans la Nuit éternelle, pour ne pas en «surgir mal mort dans un vertige
fou» comme Nelligan dans Prélude triste. Ne serait-ce pas d’ailleurs là une crainte d’être
oublié dans la nuit, de se retrouver banni du monde si l’on ne cessait soudain de s’y
accrocher?
C’est peut-être justement en devenant, comme Montaigne, Mémoire, que tu
arriveras à tricoter, entre toi et la vie, les multiples mailles du temps te permettant de t‘y
accrocher, que tu exorciseras ainsi ton Démon du vide qui n’a peut-être de possibilités
d’entrée que dans ces nuits non habitées parce que non-conscientisées par plusieurs. Car,
devenir Mémoire, c’est peut-être justement une manière d’habiter la nuit d’une mémoire
qui te soit propre, autrement dit : rêver et se souvenir au matin de ses rêves! Si l’on se fie
au fameux Léon de Portanqueu du Docteur Ferron, c’est à partir de là que commencerait
chez toi ton petit théâtre personnel : « Je me disais que pour la première fois de ma vie
j’allais traverser la nuit et qu’à l’avenir elle ne s’interposerait plus entre ma conscience de
la veille et ma conscience du lendemain, qu’enfin et pour toujours je me trouvais réuni à
moi-même, capable de continuité par mes seuls moyens, indépendant de la topographie
familière qui m’avait jusqu’ici servi de mémoire. » Il s’agit donc de pouvoir traverser la nuit et de se retrouver soi-même, grâce à une mémoire bien spéciale, de l’autre côté. On
sent bien qu’il s’agit là d’un rite initiatique qu’il faille affronter seul, comme le Petit Poucet
et son épreuve de la forêt et de l’ogre mangeur d’enfants. Car la nuit-déluge éternelle est aussi La forêt éternelle, d’où l’enjeu crucial et existentiel de l'orientation. C’est d’ailleurs pour favoriser ce sens de
l’orientation qu’il doit être aussi fondamental de lire des contes traditionnels lorsqu'on est
enfant. Dans sa Psychanalyse des contes de fées, Bettelheim en démontre bien
l’importance : « [le conte de fées] ouvre de nouvelles dimensions à l’imagination de
l’enfant que celui-ci serait incapable de découvrir seul. Et, ce qui est encore plus important,
la forme et la structure du conte de fées lui offrent des images qu’il peut incorporer à ses
rêves éveillés et qui l’aident à mieux orienter sa vie. »
Du temps de mon enfance, dans un fond de rang du comté Pierre-De-Saurel, vivait
un ogre. On ne savait que très peu de chose de lui, outre le fait qu’il habitait seul avec sa
sorcière de mère dans une vieille maison de fond de rang qui lui tenait lieu de tanière. Le
mystère aurait certainement stagné à ce degré zéro de la fantaisie si ce n’était que notre
ogre en question sortait à l’occasion de son ermitage pour venir, quelques matins par
semaine, qui prenaient plaisir à ne pas s’annoncer, envahir de sa contenance gigantesque
notre autobus scolaire. Loin de se troubler des regards ahuris des enfants qui voyaient en
lui la présence cardinale qu’il ne fallait surtout laisser s’échapper dans l’angle mort de
leur regard, il restait toujours bien assis à cette même place, derrière Ronald le
conducteur, et ne bougeait ni ne disait mot. Déjà là, le merveilleux du conte perdit pour
moi en magie. C’était que je n’étais, sur le cas très spécial des ogres, beaucoup moins dupe
que les flos de mon âge. La raison était simple : Je vivais chez moi avec un demi-ogre
comme grand frère, et ne voyait, par conséquent, que très mal comment d’aussi banales anomalies chromosomiques pouvaient à ce point transfigurer des figures pour moi si
humaines en véritables personnages horrifiants de conte. Il va sans dire, par contre, que
cette mystification populaire, en contraste de mes a priori, n’avait de cesse de me rendre
plus brulant l’intérêt que je portais à ce personnage en quelque sorte plus grand, par son
mystère, que nature. Étant donné que personne, évidemment, n’avait osé lui parler et qu’il
était lui-même très peu bavard, voire absolument mutique, tout ce que je savais de lui était
sa fonction dans notre conte populaire (faire peur) et son passe-temps (dessiner). Car, il
avait cela de réellement particulier qu’il dessinait sans s’arrêter! Calepin d’une main et
crayon-feutre de l’autre, il avait la tête continuellement penchée sur ses dessins. Mais que
dessinait-il? Il fallait bien que je le sache! Je sentais que c’était d’ailleurs par cette clé que
j’arriverais à décantonner l’ogre de son rôle. Un matin, je pris donc mon courage bien
moite à deux mains et lui demandai si je pouvais, selon toute convenance, m’assoir à ses
côtés. Sans grande surprise, il me fit un de ces grands oui bonhommes de la tête qui vous
fait fondre un suspense en un rien de temps. La question ne s’est alors pas laissée attendre:
Qu’est-ce tu dessines? Sans même un mot (était-il muet? Je ne saurai jamais), il me montra
une pile de dessins. C’était tous des voitures de course, mais pas n’importe lesquelles. Des
dessins de voitures aux ambitions aérodynamiques inimaginables, dont les proportions
étaient la fois étranges et fascinantes, pensées très originalement à partir de multiples
lignes de fuites comme chargées chacune d’un désir d’envahir tout l’hors-champ du cadre.
Je saisi aussi soudainement le personnage! C’était facile, il se serait bien entendu avec
mon frère. L’ermitage et le mutisme, ce n’était qu’un bouclier contre la nature changeante
de l’extérieur (d’encager en lui sa mémoire topographique familière). Et les dessins, une
manière de fuir l’oubli, faute de mémoire, et d’exorciser son Démon du vide par la
répétition quotidienne d’un même toujours en quelque sorte réinventé, geste tout naturel
auquel la science attribue généralement le nom très péjoratif de trouble obsessionnel
compulsif.
Je raconte ce petit conte et je vois passer du même coup mon grand frère,
aujourd’hui décédé, qui, chaque soir avant de prendre d’assaut la nuit, s’assurait de
redisposer adéquatement ses instruments de musiques dans sa chambre pour que lui
renaisse, par eux, chaque nouveau matin comme perpétuellement familier. Il me semble,
avec le recul que je me permet de prendre actuellement, qu’il n’y avait là rien de
particulièrement obsessif ou maladif. Ne serait-ce pas, au contraire, d’une normalité
navrante de devoir se parer comme on peut contre la nuit? Et ce, en disposant, lorsque l’on sait
notre mémoire peu fiable, au seuil du voyage, un dispositif de mémoire extérieur assurant
de s’y retrouver au retour? Petit Poucet, sachant bien qu’il ne pourrait se servir de sa
mémoire pour retrouver son chemin et n’ayant pour lui que des pierres et des miettes de
pain, ne crache pas pour autant sur sa mauvaise fortune. Il décide de faire simplement ce
qu’il peut avec ce qu’il a, la morale du colibri qui fait tout simplement de son mieux. N’est-ce pas déjà très bien ainsi?
Bien de l’eau aura coulé sous les ponts depuis ce petit conte de mon ogre
dessinateur de voitures de course. C’est une petite histoire qui pourra te sembler somme
toute assez banale, et tu ne verras peut-être pas l’utilité de ramener un tel personnage au
présent. Pourtant, il m’a été d’un grand support dernièrement, alors que je cherchais, sans
liens apparents, à expliquer tant bien que mal à des élèves de secondaire le rapport bien
peu conscient que j’entretenais avec la langue :
La langue est pour moi un véhicule. C’est le véhicule de ma pensée. C’est elle qui
permet à ma pensée de sortir de ma tête et donc de vivre, si l’on veut, en dehors d’elle.
Quand j’avais votre âge, j’ai connu un grand bonhomme, que l’on disait trisomique, qui
n’arrivait pas ni à écrire ni à parler. Il était donc pour ainsi dire sans langue. En revanche,
il dessinait sans arrêt! Et ce qu’il dessinait, c’était toujours la même chose : des voitures de course. Il avait donc finalement une langue, c’était le dessin, et ce qu’il arrivait à faire
avec cette langue-crayon-feutre, c’était de faire voyager en dehors de sa tête une partie de
qu’il avait d’enfoui là, de me partager cette passion qu’il avait pour les voitures de course
et, ne sait-on jamais, son besoin de fuir quelque chose, que ces voitures aux potentiels
fulgurants pouvaient, entre autres, symboliser pour lui. Depuis, chaque fois que je pense à
la langue, je me la représente comme une voiture.
Une voiture, comme une langue, ça permet de voyager, de voir le monde, ça permet
de sortir de soi et de chez soi, et même de faire des rencontres quand on sait s’arrêter.
Quand j’avais votre âge, ma langue était un vieux bazou rouillé qui avançait de peines et
de misères, surtout à l’écrit. Je la considère aujourd’hui encore comme un vieux bazou,
mais par rapport auquel j’ai appris petit à petit à en maîtriser la mécanique - ou la
grammaire si vous voulez - un vieux bazou fidèle donc à lui-même et devenu depuis
davantage familier à mes mains qui, soit dit en passant, en ont encore beaucoup à
apprendre. Mon vieux bazou, j’aurais bien pu, un moment donné, le vendre pour m’en
acheter un plus neuf, un qui roule plus vite, un qui ne risque pas de me lâcher chaque hiver!
Une Américaine peut-être? Mais, non. Mon bazou, c’est simple, c’est devenu Mon bazou.
On a développé au fil du temps quelque chose comme une complicité. Je l’ai même - au cas
ou - aménagé pour pouvoir dormir dedans. Il m’arrive ainsi d’habiter de temps à autre
mon bazou, à tel point que moi et lui on devient parfois comme une seule et même personne-
bazou, on se comprend souvent sans rien dire, comme des vieux amis. Parce que j’ai
l’impression d’être devenu vieux, moi aussi, de temps en temps.
Votre langue, vous pourrez en faire ce que vous voudrez. Moi, ça aura été un vieux
bazou; un vieux bazou, ça peut rouler loin, mais justement, ça roule, ça se déplace toujours
à ras du sol, c’est là sa limite autant que sa force (son style). Si vous finissez, comme moi,
par utiliser l’analogie du véhicule pour vous représenter à vous-même votre langue, dites-vous que vous pourrez en faire ce que vous voudrez : des running shoes, une bicyclette, un
camper van, un avion, un hydravion, une fusée, libre à vous de laisser cours à votre
imagination, en autant que ça vous aide à vous orienter!
N’ayant ainsi aucun sens inné de l’orientation, je me serai évertué et je m’évertue
toujours à devenir, moi-même comme Montaigne pour la mémoire, Sens de l’orientation.
Ainsi, je montrerai à mes élèves comment remonter le courant vers leurs souvenirs qui
seront toujours des sources intarissables leur permettant d’orienter leur présent ou de
baliser leur avenir. C’est que ces voyages en canot magique dans les rivières de la mémoire
ou en vieux bazou sur les routes laurentiennes sont autant d’occasions de déterrer au
passage les morts et de les faire revivre par la fiction. Car, tu apprendras rapidement que ta
vie t’appartient avant d’appartenir à d’autre, que la vie est toujours en quelque sorte une
fiction (ta fiction) construite à partir des souvenirs que ta mémoire aura sus conservés dans
l’enfance. Ce qu’ont ces voyages dans les aléas du passé de si magiques, c’est justement
qu’ils permettent le décloisonnement de ton hier d’avec ton aujourd’hui et ton demain,
c’est toujours une manière de faire rejaillir à la surface du présent le passé inerte, de lui
redonner vie, d’habiter ainsi le présent de ces fantômes familiers rencontrés au gré des
détours, des accidents, des lectures, de rendre ainsi hautement polyphonique la conscience
du présent en la saturant de présences anachroniques. Autrement dit, ces voyages dans la
mémoire ne sont en quelque sorte rien d’autre que des traversées pleinement conscientes
de cette fameuse nuit, comme de cet hiver qui te semblent pour le moment si angoissant,
mais qui te seront bientôt aussi familier que les jours et les printemps de soleils. Et dis-toi
bien que c’est peut-être seulement ainsi que tu pourras voir briller ton « étoile fixe » à toi!